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CIR et PLF 2027 : ce que changeraient les 3 amendements votés en commission, et ce qui reste à voter

Vous déclarez du crédit d'impôt recherche, ou vous le déclarez pour vos clients ? Des veilles annoncent des amendements CIR « adoptés » dans le projet de loi de finances pour 2027. Ils ont été adoptés par la commission des finances le 8 octobre, pas par l'Assemblée. Voici, texte en main, ce que chacun changerait dans l'article 244 quater B du CGI, à partir de quand, et ce qui doit encore se passer avant que l'un d'eux s'applique.

· 16 min de lecture

Florence

FlorenceCRM et stratégie Moriarty

Au 20 octobre 2026, aucun amendement sur le crédit d'impôt recherche (CIR) n'a été voté par l'Assemblée nationale : trois ont été adoptés par la commission des finances le 8 octobre, et s'ils devenaient loi, ils changeraient le CIR des PME, des groupes et des employeurs de jeunes docteurs pour les dépenses exposées à partir du 1er janvier 2027. Le mot « adopté » qui circule dans les veilles est exact, mais il décrit un vote de commission. Pour un projet de loi de finances, ce vote ne modifie pas le texte que discutent ensuite les députés en séance. Cet article reprend, amendement par amendement, la phrase du code général des impôts qui changerait, la date prévue et le chemin qui reste à parcourir.

Article publié le 20 octobre 2026. Textes relevés le même jour vers 14 h 36 (heure de Paris) sur assemblee-nationale.fr et legifrance.gouv.fr. Seuls les textes officiels font foi.

Ce que dit le CGI aujourd'hui

L'article 244 quater B, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2026, fixe un taux unique sous un plafond : « Le taux du crédit d'impôt est de 30 % pour la fraction des dépenses de recherche inférieure ou égale à 100 millions d'euros et de 5 % pour la fraction des dépenses de recherche supérieure à ce montant » Légifrance1. Le seuil s'apprécie société par société : le texte en vigueur ne prévoit aucune consolidation au niveau du groupe. Les frais de fonctionnement sont forfaitaires, « 75 % des dotations aux amortissements » et « 40 % des dépenses de personnel » des chercheurs et techniciens Légifrance1.

Le projet de loi du Gouvernement ne modifie pas cet article. Ses évaluations préalables, annexées au projet n° 3210, ne contiennent aucune mention de l'article 244 quater B Assemblée nationale2. Tout changement viendrait donc d'un amendement parlementaire.

Pourquoi « adopté en commission » ne veut pas dire « voté »

Pour une loi ordinaire, l'Assemblée discute en séance le texte issu de la commission. Pour une loi de finances, c'est l'inverse : la Constitution prévoit que la discussion en séance « porte, en première lecture devant la première assemblée saisie, sur le texte présenté par le Gouvernement » Constitution, art. 423. Un amendement adopté en commission ne figure donc pas dans le texte examiné en séance. Pour qu'il compte, un député doit le redéposer en séance, où il sera de nouveau mis aux voix.

C'est ce qui s'est passé pour les trois amendements CIR. Au 20 octobre à 14 h 36, leurs versions de séance sont toutes au statut « en traitement » dans la base de l'Assemblée, c'est-à-dire pas encore examinées. Il en va de même des 588 amendements de séance placés après l'article 15, l'emplacement où sont rangés les amendements CIR.

Le vote solennel sur la première partie, annoncé pour ce mardi 20 octobre, ne figure pas à l'ordre du jour de ce mardi : la feuille de fin de séance de l'Assemblée prévoit, à 15 heures et 21 h 30, les questions au Gouvernement et le projet de loi de financement de la sécurité sociale Assemblée nationale4. Le calendrier initial plaçait ce vote « le mardi 20 octobre, après les questions au Gouvernement » Assemblée nationale5. La nouvelle date n'est pas publiée dans un document officiel au moment où nous écrivons. Sort en séance des trois amendements : en attente du scrutin.

Amendement par amendement

I-CF369 : un barème par tranches, consolidé au niveau du groupe

Déposé par Mme Estelle Mercier et le groupe Socialistes et apparentés, adopté en commission le jeudi 8 octobre 2026 Assemblée nationale6. Il change trois choses.

Le taux. La phrase « Le taux du crédit d'impôt est de 30 % pour la fraction des dépenses de recherche inférieure ou égale à 100 millions d'euros et de 5 % pour la fraction des dépenses de recherche supérieure à ce montant » disparaîtrait, avec la suite du premier alinéa. Elle serait remplacée par « Le taux du crédit d'impôt est définit par le tableau suivant : » et par un barème :

Fraction des dépenses de rechercheTaux
Inférieures à 300 000 €50 %
Comprises entre 300 001 € et 1 000 000 €30 %
Comprises entre 1 000 001 € et 20 000 000 €20 %
Comprises entre 20 000 001 € et 50 000 000 €10 %
Comprises entre 50 000 000 € et 100 000 000 €5 %

Au-delà de 100 millions d'euros, le tableau ne prévoit plus de taux. L'amendement réécrit aussi les phrases sur l'outre-mer et la Corse : « Ces taux sont augmentés de 10 % pour les dépenses de recherche exposées dans des exploitations situées dans un département d'outre-mer », et il reprend les taux du crédit d'impôt innovation (20 %, 60 % outre-mer, 35 % et 40 % en Corse).

Le groupe. Une phrase nouvelle : « Pour les sociétés membres d'un groupe mentionné aux articles 223 A et suivants, le respect des seuils mentionnés au premier alinéa s'apprécient au niveau du groupe qu'elles constituent. » Le b du 1 de l'article 223 O, qui organise le CIR dans l'intégration fiscale, serait complété dans le même sens.

Les immeubles. Dans le a du II, la phrase qui écarte seulement les immeubles d'avant 1991 serait réécrite : après le mot « immeubles », les dotations aux amortissements « ne sont pas prises en compte ». Aucun amortissement de bâtiment n'entrerait plus dans l'assiette.

Date. « Les dispositions du I et du II s'appliquent aux dépenses exposées à compter du 1er janvier 2027. »

En séance. Le groupe a redéposé un texte proche, I-1402, au statut « en traitement » Assemblée nationale7. Attention, il n'est pas identique : sur les immeubles, il supprime seulement les mots « dont le permis de construire a été délivré avant le 1er janvier 1991 », au lieu d'exclure tous les immeubles. C'est I-1402, et non I-CF369, qui sera mis aux voix.

I-CF1567 : le retour du dispositif jeunes docteurs

Déposé par M. Paul Midy et dix députés Ensemble pour la République, adopté en commission le jeudi 8 octobre 2026 Assemblée nationale8. Le b du II, qui vise aujourd'hui « Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations », serait complété d'une phrase :

« Lorsque ces dépenses se rapportent à des personnes titulaires d'un doctorat, au sens de l'article L. 612‑7 du code de l'éducation, ou d'un diplôme équivalent, elles sont prises en compte à hauteur de 230 % de leur montant pendant les vingt-quatre premiers mois suivant leur premier recrutement à condition que le contrat de travail de ces personnes soit à durée indéterminée et que l'effectif du personnel de recherche salarié de l'entreprise ne soit pas inférieur à celui de l'année précédente. »

L'exposé des motifs le présente comme le rétablissement, « dans une version de repli de compromis », d'un dispositif « supprimé dans la loi de finances pour 2025 ». Date : dépenses exposées à compter du 1er janvier 2027. En séance : le même dispositif a été redéposé par M. Gabriel Attal, I-3658, au statut « en traitement » Assemblée nationale9.

I-CF136 : rembourser le CIR en cas de délocalisation

Déposé par M. Charles Fournier et le groupe Écologiste et Social, adopté en commission le jeudi 8 octobre 2026 Assemblée nationale10. Il n'existe aujourd'hui aucun III ter à l'article 244 quater B. L'amendement en créerait un, qui subordonne le crédit à deux conditions pendant les dix années suivant l'exercice au titre duquel il a été perçu : pas de « transfert à l'étranger des activités de recherche ou de production directement liées aux projets ayant donné lieu au crédit d'impôt », et pas de « cessation substantielle d'activité sur le territoire national », fermeture d'établissement ou licenciement de plus d'un tiers des effectifs du site. Sanction : « l'entreprise est tenue de rembourser le montant total du crédit d'impôt perçu durant la période ».

Date : l'amendement n'en fixe aucune ; il renvoie à « Un décret en conseil d'État ». En séance : texte identique redéposé, I-1274, au statut « en traitement » Assemblée nationale11.

Ce qui a été écarté en commission

Deux amendements plus durs pour les grandes entreprises sont « tombés » le 8 octobre : I-CF1700 (M. Charles de Courson), qui supprimait la tranche à 5 % Assemblée nationale12, et I-CF1078 (Mme Stella Dupont), qui abaissait le seuil de 100 à 50 millions d'euros Assemblée nationale13. En séance, M. Michel Castellani a redéposé la suppression de la tranche à 5 % (I-1722) et Mme Dupont a déposé trois amendements (I-1418 à I-1420) : tous attendent leur examen.

Exemple chiffré : une PME qui déclare 385 000 € de dépenses

Une PME indépendante, sans filiale ni société mère, expose en 2027 :

  • 250 000 € de dépenses de personnel de chercheurs et techniciens (b du II) ;
  • 20 000 € de dotations aux amortissements d'un matériel de recherche (a du II) ;
  • des frais de fonctionnement forfaitaires (c du II) : 75 % × 20 000 € + 40 % × 250 000 € = 15 000 € + 100 000 € = 115 000 €.

Assiette : 250 000 + 20 000 + 115 000 = 385 000 €.

Droit en vigueur : 30 % × 385 000 € = 115 500 €.

Avec le barème de I-CF369 : 50 % × 300 000 € = 150 000 €, plus 30 % × 85 000 € = 25 500 €, soit 175 500 €, 60 000 € de plus. C'est le gain maximal : 20 points sur 300 000 €. Ce gain est rendu au-delà de 1 000 000 €, où le taux tombe à 20 % au lieu de 30 %. Les deux calculs se rejoignent à 1 600 000 € de dépenses (480 000 € dans les deux cas) ; au-dessus, l'entreprise perd.

Si cette PME appartenait à un groupe dont les autres sociétés dépensent déjà 2 millions d'euros, les tranches à 50 % et 30 % seraient consommées au niveau du groupe. La rédaction de l'amendement ne dit pas comment les tranches se répartissent entre sociétés : impossible de chiffrer sa part sans texte d'application.

Si l'un des chercheurs est un jeune docteur recruté en premier CDI, avec 60 000 € de dépenses de personnel, I-CF1567 les retiendrait à 230 %, soit 138 000 € : 78 000 € de plus dans le b du II. Au taux actuel de 30 %, cela ajoute 23 400 € de crédit. Si le forfait de 40 % s'applique aussi à ce supplément, ce que l'amendement ne précise pas, il faut ajouter 31 200 € d'assiette et 9 360 € de crédit, soit 32 760 € au total.

Vous pouvez refaire le calcul avec vos propres chiffres : seuls les montants de dépenses changent, les taux sont ceux des textes cités.

Voté, à voter, peut encore tomber

Voté par l'Assemblée : rien, au 20 octobre 2026 à 14 h 36.

Encore à voter en séance : I-1402, I-3658 et I-1274, versions de séance des trois amendements adoptés en commission, et les autres amendements CIR déposés en séance (la base en compte 45 qui citent l'article 244 quater B après l'article 15).

Ce qui peut encore les faire tomber, même adoptés en séance :

  1. le vote sur l'ensemble de la première partie, puis sur l'ensemble du projet de loi ;
  2. le Sénat, qui examine ensuite le texte et peut supprimer ou réécrire chaque article ;
  3. la commission mixte paritaire, puis la lecture définitive ;
  4. un recours à l'article 49.3, qui permet au Gouvernement de retenir les seuls amendements qu'il choisit ;
  5. le Conseil constitutionnel, s'il est saisi.

Aucun des trois amendements ne s'appliquerait donc avant la promulgation de la loi de finances pour 2027.

Ce que vous pouvez faire avant le 31 décembre

À faire :

  • Déclarer et documenter le CIR 2026 selon l'article 244 quater B en vigueur : 30 %, forfait de 40 % et 75 %, plafond de 100 millions d'euros. Aucun amendement ne touche les dépenses 2026.
  • Si votre client fait partie d'un groupe, lister dès maintenant les dépenses de recherche de chaque société : c'est la donnée que demanderait une consolidation au niveau du groupe.
  • Si votre client amortit un bâtiment de recherche, isoler ces dotations et le forfait de 75 % qui s'y rattache : c'est la part que I-CF369 retirerait de l'assiette.
  • Pour un projet d'embauche de docteur, garder la trace de la date du premier CDI et de l'effectif de recherche de l'année précédente : ce sont les deux conditions du texte.

À ne pas faire :

  • Avancer ou reporter des dépenses, ou une embauche, en fonction d'un amendement non voté.
  • Annoncer à un client un CIR 2027 calculé avec le barème de I-CF369 : il peut disparaître à chacune des étapes listées plus haut.

Ce qui reste incertain

  • Avis du Gouvernement et du rapporteur général. Le tome II du rapport de la commission (n° 3291), qui retrace l'examen en commission, porte la mention « Document non encore publié » ; les comptes rendus des réunions du 8 octobre ne sont pas en ligne. Nous ne connaissons donc pas, par une source officielle, les avis exprimés sur ces trois amendements.
  • Coût du CIR. Nous n'avons pas pu ouvrir le tome II de l'évaluation des voies et moyens sur budget.gouv.fr au moment de la rédaction : aucun chiffre de dépense fiscale n'est donné ici.
  • Rédaction de I-CF369. Le tableau laisse un trou de 1 € entre 300 000 € et 300 001 €, ne dit pas comment répartir les tranches entre sociétés d'un groupe, et l'amendement redéposé en séance n'a pas la même rédaction sur les immeubles.
  • Date de I-CF136. Sans date d'entrée en vigueur, on ignore si le remboursement viserait des crédits perçus avant la loi.

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Amendements CIR du PLF 2027 adoptés en commission : où ils en sont le 20 octobre 2026 à 14 h 36 (heure de Paris)
AmendementAuteurCe qu'il changeCommission des financesSéance publiqueApplication prévue
I-CF369Mme Estelle Mercier (Socialistes et apparentés)Barème par tranches de 50 % à 5 %, plus de crédit au-delà de 100 M€ ; seuils appréciés au niveau du groupe ; amortissements des immeubles exclusAdopté le 8 octobre 2026Version redéposée I-1402 (rédaction différente sur les immeubles) : en traitement, en attente du scrutinDépenses exposées à compter du 1er janvier 2027
I-CF1567M. Paul Midy (Ensemble pour la République)Dépenses de personnel des jeunes docteurs retenues à 230 % pendant 24 moisAdopté le 8 octobre 2026Texte repris par I-3658 (M. Gabriel Attal) : en traitement, en attente du scrutinDépenses exposées à compter du 1er janvier 2027
I-CF136M. Charles Fournier (Écologiste et Social)Remboursement du CIR en cas de délocalisation ou de cessation d'activité dans les 10 ansAdopté le 8 octobre 2026Texte identique I-1274 : en traitement, en attente du scrutinAucune date ; décret en Conseil d'État

Questions fréquentes

Legiwatch parle de six amendements CIR adoptés. Pourquoi cet article n'en traite que trois ?

Nous avons relu un par un les 212 amendements que la base de l'Assemblée nationale classe « Adopté » en commission des finances sur la première partie du PLF 2027. Trois seulement modifient l'article 244 quater B : I-CF369, I-CF1567 et I-CF136. Un quatrième, I-CF1684 (M. Charles de Courson), cite l'article 244 quater B, mais il porte sur le calcul de la contribution différentielle sur les hauts revenus des particuliers : il ne change pas le CIR d'une entreprise. Nous n'avons pas trouvé les deux autres.

Un client veut avancer des dépenses de R&D en 2026 pour profiter du taux de 30 % avant un éventuel barème. Est-ce utile ?

Pas pour une PME indépendante qui dépense moins de 1 600 000 € par an : avec le barème de I-CF369, son crédit serait égal ou supérieur à celui d'aujourd'hui. L'amendement ne jouerait contre elle qu'au-delà de ce montant, ou si elle appartient à un groupe dont les dépenses cumulées dépassent les premières tranches. Et rien n'est voté : décaler des dépenses sur la foi d'un amendement qui peut encore disparaître à quatre étapes au moins n'a pas de sens.

Faut-il attendre 2027 pour recruter un jeune docteur ?

Ne reportez pas une embauche pour un texte non voté. Si I-CF1567, repris en séance par I-3658, devenait loi, les dépenses de personnel d'un docteur recruté pour la première fois en CDI compteraient à 230 % pendant les 24 mois suivant ce recrutement, pour les dépenses exposées à partir du 1er janvier 2027, et à condition que l'effectif de recherche ne baisse pas d'une année sur l'autre. Le texte ne dit pas si un docteur embauché fin 2026 bénéficierait des mois restants en 2027 : c'est une question à poser si l'amendement survit.

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