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PME au sens européen : seuils, entreprises liées et partenaires, le calcul qui ouvre (ou ferme) vos aides

Une entreprise est une PME au sens européen si elle occupe moins de 250 personnes et si son chiffre d'affaires annuel n'excède pas 50 millions d'euros ou son total de bilan 43 millions d'euros, en ajoutant à ses propres chiffres ceux de ses entreprises partenaires (au prorata) et liées (en totalité). C'est ce test, et non votre seul bilan, qui conditionne le crédit d'impôt innovation, le remboursement immédiat du CIR et de nombreuses aides d'État. Voici comment le faire, avec un exemple que vous pouvez refaire.

· 10 min de lecture

Florence

FlorenceCRM et stratégie Moriarty

Ce qui change, pour qui, depuis quand

Les seuils n'ont pas bougé depuis 2003. Ce qui change, pour vous, c'est le jour où une holding, un fonds ou une participation croisée entre au capital : la qualité de PME au sens européen se calcule alors sur le groupe, pas sur la seule société. Et en 2026, c'est elle qui ouvre le crédit d'impôt innovation, le remboursement immédiat du crédit d'impôt recherche et une bonne partie des aides d'État exemptées par le règlement (UE) n° 651/2014.

La règle tient en une phrase de la recommandation 2003/361/CE. Sont des PME les entreprises qui « occupent moins de 250 personnes et dont le chiffre d'affaires annuel n'excède pas 50 millions d'euros ou dont le total du bilan annuel n'excède pas 43 millions d'euros ». Le BOFiP s'y réfère directement et renvoie, pour apprécier les seuils, à l'annexe I du règlement n° 651/2014.

Les définitions à connaître

L'effectif ne se compte pas en têtes mais en unités de travail par année (UTA). Une personne à temps plein toute l'année vaut 1 ; un temps partiel ou un saisonnier, une fraction. On laisse de côté les apprentis, les étudiants sous contrat d'apprentissage ou de formation professionnelle, et les salariés en congé de maternité ou en congé parental.

Vient ensuite la question du capital, et c'est là que les dossiers se compliquent.

Une entreprise autonome ne détient pas 25 % ou plus d'une autre entreprise, et personne ne détient 25 % ou plus de son capital ou de ses droits de vote. Seuls ses propres chiffres comptent. C'est le cas simple.

On parle d'entreprise partenaire dès qu'il existe une participation de « 25 % ou plus du capital ou des droits de vote » sans contrôle. Vous ajoutez alors à vos données une part de celles du partenaire, au prorata du pourcentage détenu (le plus élevé des deux, capital ou droits de vote).

L'entreprise liée, elle, est contrôlée ou contrôle, typiquement par la majorité des droits de vote. Là, vous ajoutez « 100 % des données ». Attention : le lien peut aussi passer par une ou plusieurs personnes physiques agissant de concert, si les entreprises opèrent sur le même marché ou sur des marchés contigus. Nous voyons régulièrement des dirigeants qui l'ignorent.

Il existe des exceptions utiles. Certains investisseurs peuvent détenir entre 25 % et 50 % sans vous faire perdre l'autonomie : sociétés de capital-risque, business angels (participation inférieure à 1 250 000 euros dans une même entreprise), universités et centres de recherche à but non lucratif, investisseurs institutionnels, autorités locales autonomes ayant un budget annuel inférieur à 10 millions d'euros et comptant moins de 5 000 habitants.

Une exception en sens inverse, enfin : le contrôle public. Si 25 % ou plus du capital ou des droits de vote sont contrôlés, directement ou indirectement, par un ou plusieurs organismes publics, l'entreprise ne peut pas être une PME. Quels que soient ses chiffres.

Le calcul, pas à pas

Prenons une société A, avec les chiffres de son dernier exercice clos.

EntitéLien avec AUTAChiffre d'affairesTotal de bilanPart retenue
Aelle-même6012 M€9 M€100 %
H, holding qui détient 60 % de Aliée20,5 M€1 M€100 %
C, dont A détient 30 %partenaire12040 M€30 M€30 %

L'effectif d'abord : 60 + 2 + (120 × 30 %) = 60 + 2 + 36 = 98 UTA. On est loin de 250.

Le chiffre d'affaires : 12 + 0,5 + (40 × 30 %) = 12 + 0,5 + 12 = 24,5 M€, sous les 50 M€. Le bilan : 9 + 1 + (30 × 30 %) = 9 + 1 + 9 = 19 M€, sous les 43 M€.

A est donc une PME. Pas une petite entreprise, en revanche, puisque l'effectif agrégé dépasse 50 et que le chiffre d'affaires comme le bilan dépassent 10 M€.

Changeons un seul paramètre. Si A détenait 51 % de C, C deviendrait liée et compterait à 100 % : 182 UTA, 52,5 M€ de chiffre d'affaires (au-dessus de 50 M€), mais 40 M€ de bilan (sous 43 M€). A resterait PME, parce qu'un seul des deux plafonds financiers suffit. Avec 45 M€ de bilan chez C au lieu de 30, le total grimperait à 55 M€, et A sortirait de la catégorie après deux exercices consécutifs dans cette situation.

Les pièges à éviter

Raisonner sur la seule société. C'est, de très loin, ce que nous voyons le plus : la holding de tête, les sociétés sœurs contrôlées par la même holding, les participations de 25 % ou plus, tout cela se cumule.

On oublie aussi l'amont et l'aval immédiats des partenaires. Les données des partenaires situés juste en amont ou en aval de votre entreprise comptent au prorata, et celles des entreprises liées à vos partenaires sont à reprendre elles aussi.

Le décret n° 2008-1354 fixe les mêmes seuils (moins de 250 personnes, 50 M€ ou 43 M€), mais « pour les besoins de l'analyse statistique et économique ». Un classement Insee ne prouve donc rien quant à votre éligibilité à une aide.

Le statut ne bascule pas au premier dépassement : il faut deux exercices consécutifs. Le BOFiP précise que cette appréciation « s'applique également dans les cas d'entrée ou de sortie d'un groupe ». Méfiez-vous des documents plus anciens, comme le rescrit BOI-RES-BIC-000034 de 2021, qui retenait une perte immédiate lors du rachat par un grand groupe. C'est la version 2025 du BOFiP qui fait foi.

Et les entreprises récentes ? Sans comptes clos, vous produisez une estimation de bonne foi en cours d'exercice, sous forme de plan d'affaires. Gardez-la précieusement, c'est elle qu'on vous demandera en cas de contrôle.

Cumul et articulation avec les aides

La définition n'est pas une aide, c'est une porte d'entrée. Elle conditionne le crédit d'impôt innovation, réservé aux micro, petites et moyennes entreprises au sens du droit de l'Union européenne, et le remboursement immédiat de l'excédent de crédit d'impôt recherche, ouvert aux mêmes PME. Elle sert aussi pour de nombreuses aides d'État exemptées par le règlement n° 651/2014, dont l'annexe I la contient.

Votre calcul doit donc rester cohérent d'un dossier à l'autre. Petite entreprise pour une subvention, moyenne entreprise pour un autre dossier sur le même exercice : l'incohérence finit toujours par se voir.

Ce qui reste incertain

Nous n'avons pas pu consulter directement le texte de l'annexe I du règlement n° 651/2014 (EUR-Lex inaccessible depuis notre outil le 24 octobre 2026). Nous citons la recommandation 2003/361/CE, reproduite par la Commission dans son guide de l'utilisateur, et le BOFiP, qui renvoie à cette annexe.

La notion de « marché contigu », qui décide si deux sociétés détenues par les mêmes personnes physiques sont liées, s'apprécie au cas par cas. Le guide de la Commission donne des exemples, pas de liste.

Plus gênant : le rescrit BOI-RES-BIC-000034 du 9 mars 2021, toujours en ligne, retient une perte immédiate du statut en cas d'acquisition par un plus grand groupe, en s'appuyant sur une décision de la Commission de 2012. Le BOFiP de 2025 dit l'inverse. Si une opération de ce type est contrôlée, attendez-vous à un débat.

Des travaux européens sur une catégorie intermédiaire entre PME et grandes entreprises circulent aussi. Tant qu'aucun texte applicable n'est publié, nous n'en tenons pas compte.

Trois questions qu'un expert-comptable posera

« Dois-je reprendre les comptes consolidés ou additionner à la main ? » Si votre entreprise ou une entreprise liée publie des comptes consolidés, partez de ceux-là. Sinon, additionnez les entreprises liées à 100 % et les partenaires au prorata, comme dans l'exemple.

« Un fonds à 40 % au capital nous fait-il perdre l'autonomie ? » Pas forcément. Une société de capital-risque ou un investisseur institutionnel peut monter jusqu'à 50 % sans faire de vous une entreprise partenaire, tant qu'il ne vous est pas lié.

« Le client vient d'être racheté par un groupe de 2 000 salariés : perd-il le CII dès cette année ? » D'après le BOFiP à jour (BOI-BIC-RICI-10-10-50 du 13 août 2025), non : la règle des deux exercices consécutifs vaut aussi pour l'entrée dans un groupe. Documentez la date d'entrée et les deux clôtures qui suivent.

Pour aller plus loin

Votre catégorie établie, reste à savoir quelles aides elle vous ouvre. On les repère à partir du SIREN : faire le test d'éligibilité.

Seuils de la définition européenne des PME (recommandation 2003/361/CE, reprise à l'annexe I du règlement 651/2014)
CatégorieEffectif (UTA)Chiffre d'affaires annuelou total de bilan annuel
Microentreprisemoins de 102 M€ au plus2 M€ au plus
Petite entreprisemoins de 5010 M€ au plus10 M€ au plus
Moyenne entreprise (PME)moins de 25050 M€ au plus43 M€ au plus

Questions fréquentes

Quels sont les seuils d'une PME au sens européen ?

Moins de 250 personnes, et un chiffre d'affaires annuel de 50 millions d'euros au plus ou un total de bilan annuel de 43 millions d'euros au plus. L'effectif doit toujours être respecté ; pour les montants, un seul des deux plafonds suffit.

Faut-il compter les filiales et la holding ?

Oui. Les données des entreprises liées (contrôle, en général plus de 50 % des droits de vote) s'ajoutent à 100 %. Celles des entreprises partenaires (participation de 25 % ou plus sans contrôle) s'ajoutent au prorata du pourcentage le plus élevé entre capital et droits de vote.

Perd-on le statut de PME dès qu'on dépasse un seuil ?

Non. Le statut ne se perd, ou ne s'acquiert, qu'après un dépassement, ou un retour sous les seuils, pendant deux exercices consécutifs. Le BOFiP précise que cette règle vaut aussi en cas d'entrée dans un groupe ou de sortie d'un groupe.

La définition de l'Insee (décret de 2008) suffit-elle pour une aide ?

Non. Le décret n° 2008-1354 reprend les mêmes seuils mais vise les besoins de l'analyse statistique et économique. Pour une aide d'État ou un crédit d'impôt, c'est la définition européenne, avec ses règles sur les entreprises liées et partenaires, qui s'applique.

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